salle d’attente

la salle d’attente
porte bien son
nom.

j’y entre
doucement
et balayant du
regard l’espace clos
je calcule
comme
chaque patient l’a fait avant mon
arrivée.

je dois trouver
la place exacte
pour faire bonne figure
et pour ne pas
saccager la délicate
mise en scène.

ni trop loin ni trop près
je choisis le
canapé en cuir marron.
en chemin, un bonjour
approximatif sort de ma bouche.
seule réponse, le parquet poussiéreux
qui craque sous mes pas.
les statues sont captivées par
les vieux magazines, par leur téléphone, leur mains.
comme absorbées par le vide.
je m’enfonce dans le canapé en cuir marron
j’enlève ma veste
lentement.

je dois
éviter de faire du
bruit
je dois
éviter de croiser
les yeux vitreux

je me tais
comme
tout ce monde
et me fonds
dans le décor
et je fixe le mur
face à moi.

combien de regards
se sont jetés dessus
avant le mien ?

le temps
s’arrête.

je

déglu-
tis.


soudain
je me lève
me lance en avant
vers le mur de crépis blanc
que mes mains caressent aussitôt
l’effleure de mes lèvres rouges
frotte avec violence ma langue
car mon désir de connaître la saveur
des innombrables pensées qui y sont
collées
est irrésistible.


respire

ferme les yeux

écoute

le goût du sang.